Pourquoi les bons joueurs savent ne pas jouer au poker
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Vous venez de recevoir vos cartes.
Vous regardez votre main.
Roi-Valet.
Pas mal…
Vous êtes tenté de jouer.
Puis vous recevez Dame-10 dépareillées. Tiens, ça peut se jouer aussi.
Puis As-7. Après tout, il y a un As…
Et puis Valet-9. Vous êtes au bouton, alors pourquoi pas ?
Le problème, ce n’est pas que ces mains soient forcément mauvaises.
Le problème, c’est peut-être que vous cherchez une raison de les jouer alors que vous devriez d’abord chercher une raison de ne pas les jouer.
Et c’est une différence énorme.
Au poker, les débutants pensent souvent que les bons joueurs gagnent parce qu’ils savent quelles mains jouer.
C’est vrai.
Mais ils gagnent aussi parce qu’ils savent quelles mains ne pas jouer.
Et surtout, ils savent pourquoi.
Jouer une main n’est pas une obligation
Quand on débute au poker, il existe une drôle de sensation : celle d’être obligé de faire quelque chose.
On reçoit deux cartes, alors on aimerait bien participer.
On vient de passer plusieurs mains, alors on commence à trouver le temps long.
On a une petite paire et on se dit qu’elle est peut-être intéressante.
On reçoit un As et on se dit :
« Quand même… j’ai un As ! »
Et parfois, on joue simplement parce qu’on s’ennuie.
C’est humain.
Mais au poker, l’ennui peut coûter cher.
Vous n’êtes pas obligé de jouer une main parce que vous avez reçu deux cartes.
Vous n’êtes pas obligé de défendre vos blindes à chaque fois.
Vous n’êtes pas obligé de relancer parce que tout le monde vous regarde.
Vous n’êtes même pas obligé de chercher à gagner chaque tour.
Votre objectif n’est pas de jouer le plus de mains possible.
Votre objectif est de prendre les meilleures décisions possibles avec les informations dont vous disposez.
Et parfois, la meilleure décision est tout simplement :
« Je passe. »
Mais alors, qu’est-ce qu’une bonne raison de jouer une main ?
C’est ici que les choses deviennent intéressantes.
Dire à un débutant :
« Joue moins de mains. »
n’est pas suffisant.
Il faut lui apprendre à reconnaître une bonne raison stratégique de jouer une main.
Une raison stratégique, c’est simplement un élément de la situation qui rend le fait de jouer cette main intéressant ou potentiellement rentable.
Ce n’est donc pas seulement la valeur de vos deux cartes.
Au poker, il faut regarder vos cartes ET la situation.
Voici les principaux éléments à observer.
1. La force de votre main
C’est évidemment le premier élément.
Si vous recevez :
As-As, Roi-Roi, Dame-Dame ou As-Roi, vous avez une excellente raison d’envisager de jouer.
Mais attention : cela ne signifie pas que toutes les autres mains sont mauvaises.
Une main comme Roi-Valet peut être intéressante.
Une main comme 10-9 assortis peut également être intéressante dans certaines situations.
Mais elles sont moins fortes que les meilleures mains de départ.
La première question est donc :
« Est-ce que ma main est suffisamment intéressante pour la situation dans laquelle je me trouve ? »
Et cette dernière partie est essentielle.
Car une même main peut être intéressante dans une situation et mauvaise dans une autre.
2. Votre position à la table
La position est l’un des éléments les plus importants du poker.
Pour faire simple, plus vous êtes proche du bouton du donneur, plus vous avez généralement d’informations avant de prendre votre décision.
Pourquoi ?
Parce que les joueurs placés après vous doivent encore parler.
Si vous êtes premier à parler, vous ne savez pas encore ce que vont faire les autres.
Si vous êtes au bouton et que tout le monde a passé avant vous, vous avez beaucoup plus d’informations.
Prenons Roi-Valet.
Imaginez que vous soyez parmi les premiers à parler.
Plusieurs joueurs vont encore agir derrière vous.
Vous pouvez donc vous retrouver face à une relance, ou plusieurs joueurs qui entrent dans le coup.
Maintenant, imaginez la même main au bouton.
Tout le monde a passé jusqu’à vous.
La situation est complètement différente.
Vous avez une bonne position, vous savez que personne n’a montré de force avant vous et vous pouvez éventuellement tenter de prendre les blindes.
Les cartes n’ont pas changé.
Mais la situation, elle, a changé.
Et c’est ça, le poker.
3. Ce que les autres joueurs ont fait avant vous
Avant de jouer une main, regardez toujours ce qui s’est passé avant vous.
Est-ce que tout le monde a passé ?
Quelqu’un a-t-il simplement suivi ?
Un joueur a-t-il relancé ?
Un joueur a-t-il fait une grosse relance ?
Ces informations doivent influencer votre décision.
Prenons As-Valet.
Si tout le monde a passé avant vous et que vous êtes au bouton, cette main peut être très intéressante.
Mais si un joueur très prudent, qui joue très peu de mains, fait une grosse relance avant vous, vous devez vous poser une autre question :
« Quelle est la probabilité que ma main soit devant ce joueur ? »
Votre As-Valet n’est pas devenu une mauvaise main.
Mais la situation est devenue moins favorable.
C’est pourquoi il est dangereux d’apprendre le poker uniquement sous forme de listes :
« Avec cette main, je joue. Avec celle-là, je passe. »
Le poker ne fonctionne pas comme ça.
4. La taille de votre tapis
Un autre élément souvent oublié par les débutants est la taille de votre tapis.
Imaginez que vous ayez 50 grosses blindes.
Vous avez beaucoup de marge pour jouer après le flop.
Maintenant, imaginez que vous n’ayez plus que 10 grosses blindes.
Votre façon de jouer doit changer.
Avec un petit tapis, certaines mains moyennes deviennent difficiles à jouer.
Vous ne pouvez pas simplement entrer dans le coup en espérant voir ce qui va se passer.
Chaque décision prend davantage d’importance.
Il faut donc toujours vous demander :
« Combien de grosses blindes me reste-t-il ? »
Avant même de regarder vos cartes, cette information est essentielle.
5. Avez-vous un plan ?
Voilà une question toute simple qui peut vous éviter beaucoup de mauvaises décisions :
« Si je joue cette main, qu’est-ce que j’espère obtenir ? »
Vous n’avez pas besoin d’avoir un plan compliqué.
Cela peut être :
- prendre les blindes ;
- jouer une main forte ;
- profiter d’une bonne position ;
- jouer une main qui peut faire une combinaison très forte ;
- défendre raisonnablement votre grosse blinde ;
- mettre la pression sur un adversaire dans une situation favorable.
Mais si votre seule réponse est :
« Je ne sais pas… j’ai envie de voir le flop. »
Alors attention.
Vous avez peut-être trouvé une excellente raison de passer.
Une même main peut être bonne… ou mauvaise
C’est probablement l’une des choses les plus importantes à comprendre quand on débute.
Prenons Roi-Valet.
Situation 1 : Roi-Valet au bouton
Tout le monde a passé.
Vous êtes dans une excellente position et personne n’a montré de force.
👉 Vous avez plusieurs raisons de considérer une relance.
Situation 2 : Roi-Valet en début de parole
Plusieurs joueurs doivent encore parler derrière vous.
👉 La situation est moins favorable.
Situation 3 : Roi-Valet face à une grosse relance d’un joueur très prudent
Cette fois, quelqu’un a déjà montré beaucoup de force.
👉 Vous avez beaucoup moins de raisons de vouloir entrer dans le coup.
Même main. Trois situations différentes. Trois décisions potentiellement différentes.
Voilà pourquoi le poker ne consiste pas simplement à mémoriser les mains à jouer.
Il consiste à apprendre à interpréter une situation.
Patient ne veut pas dire passif
Attention cependant à ne pas tomber dans l’excès inverse.
Comprendre qu’il faut jouer moins de mains ne signifie pas :
« Je vais attendre les As et les Rois. »
Ce serait une erreur.
Un bon joueur n’attend pas uniquement les meilleures cartes.
Il sait aussi profiter des bonnes situations.
Par exemple, lorsque tout le monde passe jusqu’à lui au bouton, il peut avoir une excellente occasion de relancer avec une main qui n’est pas exceptionnelle.
Pourquoi ?
Parce que la situation est favorable.
C’est très différent de jouer une main moyenne simplement parce qu’on s’ennuie.
La patience, ce n’est donc pas attendre éternellement une paire d’As.
La patience, c’est attendre une situation dans laquelle votre décision a de bonnes chances d’être profitable.
Le piège du « juste pour voir le flop »
C’est probablement l’une des phrases les plus coûteuses chez les joueurs débutants.
« Je paie juste pour voir le flop. »
Le problème, c’est que le flop ne coûte pas seulement le prix que vous payez avant.
Si vous entrez dans le coup avec une main moyenne, vous risquez ensuite de vous retrouver face à d’autres décisions :
Que faire si quelqu’un mise ?
Que faire si vous touchez une paire moyenne ?
Que faire si vous ne touchez rien ?
Et petit à petit, le petit « je regarde juste le flop » peut devenir un gros pot perdu.
Avant de payer, posez-vous plutôt cette question :
« Qu’est-ce que je vais faire si le flop ne m’aide pas ? »
Si vous n’avez aucune réponse, prudence.
Votre objectif n’est pas de gagner chaque main
C’est probablement le changement de mentalité le plus important.
Vous pouvez passer plusieurs mains d’affilée.
Puis encore plusieurs.
Et encore plusieurs.
Vous pouvez même rester sans jouer pendant plusieurs tours.
Ce n’est pas un problème.
Vous n’avez pas besoin d’action en permanence.
Au contraire.
Pendant que vous ne jouez pas, vous pouvez observer.
Qui joue beaucoup de mains ?
Qui joue très peu ?
Qui relance souvent ?
Qui semble défendre toutes ses blindes ?
Qui abandonne facilement lorsqu’il rencontre une résistance ?
Vous êtes en train de récupérer de l’information.
Et cette information pourra vous être utile lorsque vous aurez enfin une main et une situation intéressantes.
Folder n’est donc pas du temps perdu.
C’est parfois du temps d’observation.
Le petit test à faire lors de votre prochain tournoi
Je vous propose une expérience très simple.
Lors de votre prochain tournoi, essayez de ne pas vous demander :
« Est-ce que j’ai envie de jouer cette main ? »
Demandez-vous plutôt :
« Quelle est ma raison de jouer cette main ? »
Et avant de cliquer sur « suivre » ou « relancer », posez-vous ces cinq questions :
1. Ma main est-elle suffisamment intéressante ?
2. Ma position est-elle favorable ?
3. Que se passe-t-il avant moi ?
4. Combien de grosses blindes ai-je ?
5. Qu’est-ce que j’espère obtenir en jouant cette main ?
Si vous avez de bonnes réponses à plusieurs de ces questions, votre décision mérite d’être étudiée.
Si vous n’avez pratiquement aucune bonne réponse…
le bouton « passer » devient soudain très séduisant. 😉
Et si vous vous ennuyiez moins au poker ?
C’est peut-être paradoxal, mais apprendre à moins jouer peut rendre le poker plus intéressant.
Pourquoi ?
Parce que vous commencez à observer le jeu différemment.
Vous ne regardez plus seulement vos cartes.
Vous regardez les joueurs.
Vous essayez de comprendre leurs décisions.
Vous observez les positions.
Vous réfléchissez aux tapis.
Vous commencez à vous demander pourquoi un joueur relance ici plutôt que là.
Et lorsque vous entrez finalement dans un coup, vous savez pourquoi vous êtes là.
Vous ne jouez plus une main simplement parce que vous avez reçu deux cartes.
Vous la jouez parce que la situation vous donne une raison de le faire.
La véritable force d’un bon joueur
On imagine souvent le bon joueur comme quelqu’un qui sait bluffer, qui sait mettre la pression ou qui sait gagner de gros pots.
Mais il possède une autre qualité, beaucoup moins spectaculaire :
il sait attendre.
Il sait regarder une main comme 7-2 dépareillés et dire :
« Non. »
Il sait recevoir Valet-9 et se demander :
« Dans quelle situation cette main peut-elle être intéressante ? »
Il sait recevoir As-Valet et comprendre que ce n’est pas automatiquement une main avec laquelle il faut aller jusqu’au bout.
Et surtout, il accepte une idée qui peut sembler étrange au début :
Vous n’avez pas besoin de jouer beaucoup de mains pour bien jouer au poker.
Vous avez besoin de jouer les bonnes mains dans les bonnes situations.
Pour résumer
Avant de jouer une main, ne vous demandez plus seulement :
« Est-ce que mes cartes sont bonnes ? »
Demandez-vous :
« Est-ce que j’ai une bonne raison de jouer ces cartes, dans cette situation précise ? »
Regardez :
- votre main ;
- votre position ;
- l’action avant vous ;
- la taille de votre tapis ;
- les joueurs présents ;
- et ce que vous espérez obtenir en jouant.
Si plusieurs éléments sont favorables, vous avez probablement une vraie raison stratégique d’entrer dans le coup.
Sinon…
vous pouvez passer.
Et ne vous inquiétez pas : vos cartes ne vont pas se vexer. 😄
La phrase à retenir
Au poker, le but n’est pas de jouer le plus de mains possible. Le but est de jouer le plus souvent possible lorsque les conditions sont favorables.
Apprendre à jouer au poker, c’est aussi apprendre à ne pas jouer.
Et parfois, le coup le plus rentable de votre tournoi commence simplement par deux mots :
« Je passe. »
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